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Deux politiques - Première partie : Une enfance sans histoire (1581-1600)


Deux politiques



Une lecture superficielle de la « journée des dupes » pourrait voir dans ces événements une pure lutte d’ambitions personnelles entre Marie de Médicis et Michel de Marillac d’une part, et Richelieu d’autre part. En réalité il s’agit du choc final de deux politiques. Celle de Richelieu était une politique de guerre, orientée à combattre l’hégémonie espagnole, bien qu’elle suppose un appui indirect à la cause protestante et l’augmentation des charges qui accablaient le peuple. Celle de Bérulle, soutenue et continuée par Marillac, était une politique de paix, ou au moins d’apaisement, inspirée par deux motifs fondamentaux. Le premier était religieux, commencer une entente avec l’Espagne, représentante des intérêts catholiques sur le plan de la politique internationale. Le second était social, alléger l’énorme pression économique qui pesait sur le peuple et qui était en train de provoquer de graves révoltes intérieures. Le mystique Marillac, pour qui l’intense vie intérieure n’était pas incompatible avec l’activité politique et l’ambition personnelle, s’attachait d’autant plus à ses convictions qu’il les considérait comme des exigences de sa foi et de sa conscience.

C’étaient deux politiques opposées, mais toutes deux possibles pour la France du premier tiers du XVIIe siècle. Celle de Richelieu mettait l’accent sur la grandeur militaire et politique, celle de Marillac sur le bien-être du peuple et le triomphe des intérêts catholiques. Le moment arriva où il fallut choisir. Avec l’arrière-plan de la guerre de Trente ans, commencée en 1618, et où la France n’était pas intervenue directement, Louis XIII misa sur Richelieu. Cinq ans plus tard, cette politique débouchait sur une guerre déclarée contre l’Espagne et l’Empire.391

Vincent de Paul prit-il parti dans le duel entre Richelieu et Marillac ? Quelles que furent ses sympathies, et malgré son amitié avec presque tous les personnages du parti des dévots, tout laisse à penser qu’il se maintint loin de l’affrontement politique. Nous savons que son amitié avec Bérulle, déjà défunt au moment de la grande tourmente, s’était très rafraîchie. D’autre part, dans les années suivantes, un rapprochement progressif entre Vincent et Richelieu allait se faire et, étant donné le caractère rancunier du cardinal-ministre, cela ne paraît pas compatible avec une prise de position de Vincent en faveur de ses adversaires politiques. De plus Vincent avait des amis dans les rangs des partisans de Richelieu. À cette époque, Vincent était entré en contact avec les épouses des ministres et des parlementaires, et surtout avec Marie de Vignerod, la nièce du cardinal et son unique affection connue.

Louise de Marillac fut plus directement affectée. La disgrâce de ses deux oncles et surtout l’exécution de Louis la remplirent d’affliction. Vincent lui écrivit une lettre dans laquelle on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, ou l’ascétique sobriété et l’exigeante élévation des consolations qu’il lui prodigue, ou l’absolue asepsie politique avec laquelle elle est rédigée. La voici :

« Ce que vous me mandez de M. le maréchal de Marillac me paraît digne de grande compassion et m’afflige. Honorons là dedans le bon plaisir de Dieu et le bonheur de ceux qui honorent le supplice du Fils de Dieu par le leur. Il ne nous importe comme quoi nos parents vont à Dieu, pourvu qu’ils y aillent. Or, le bon usage de ce genre de mort est un des plus assurés pour la vie éternelle. Ne le plaignons donc point; ains acquiesçons à l’adorable volonté de Dieu. » 392

Au commencement toutes les congrégations sont très pures



Bien que contemporaines et, en un certains sens, parallèles à celles de Richelieu les préoccupations de Vincent suivaient un autre chemin : obtenir les approbations officielles qui donneraient une consistance juridique à la Compagnie. La rapidité avec laquelle Vincent agit en cette affaire attire l’attention mais, en même temps, il avance avec précaution, chacun de ses pas étant fait après une sérieuse préparation du terrain.

Les étapes initiales furent relativement faciles. Nous avons vu comment l’archevêque de Paris (un Gondi, ne l’oublions pas) lui donna son approbation, avant même qu’il ait réuni formellement ses premiers compagnons, le 24 avril 1626.393 Il ne fut pas non plus difficile d’obtenir l’approbation royale accordée par lettres patentes de mai 1627.394

Les problèmes commencèrent quand il fallut faire ratifier par le Parlement de Paris l’approbation royale. Vincent l’avait retardée sans que nous sachions pourquoi, jusqu’au point que fut nécessaire une nouvelle lettre royale revalidant la lettre antérieure au cas où elle serait caduque.395

Les curés de Paris, mis au courant des affaires en cours, s’opposèrent à la ratification. Leur syndic, Étienne Le Tonnelier, adressa au Parlement un exposé dans ce sens. Il y protestait qu’il n’était pas dans son intention d’empêcher la nouvelle congrégation mais qu’il voulait éviter les troubles et dissensions qui pourraient survenir sous prétexte de piété. À cette fin, les curés exigeaient comme garantie que la nouvelle institution se soumette à trois conditions : la première que les missionnaires renoncent à tout emploi dans toutes les paroisses et églises du royaume, la seconde qu’ils ne puissent entrer dans aucune église sans mission de l’évêque et permission du curé, ni exercer leurs fonctions à l’heure des offices paroissiaux ordinaires, la troisième qu’ils abandonnent tout espoir de prétendre ou réclamer aucune rétribution ni aucun salaire ni au titre du bénéfice pour lequel ils prêchent ni aux dépens du peuple. Le syndic accompagnait ses demandes de raisonnements débordants de savoureuse méfiance cléricale. En voici un exemple : “Bien que dans le principe et à la source primitive de leur institution, toutes les congrégations sont très pures et fondées sur des considérations de piété éminente, avec les années, l’ambition et l’avarice les changent entièrement.” À cause de cela, il ne se contentait pas de ce que lesdits ecclésiastiques acceptent comme clause fondamentale de renoncer à tout emploi dans la ville, mais il était nécessaire que la Cour les y oblige et contraigne que personne ne puisse entrer dans la Congrégation sans avoir fait expressément cette renonciation...” Naturellement les curés de Paris ne faisaient pas opposition par intérêt propre, puisqu’ils constataient que les prêtres de la Mission ne pouvaient exercer dans leurs églises ; ils le faisaient par devoir de charité, pour défendre les curés ruraux des villages de tous les diocèses de France... contre les préjudices qui pourraient dériver de l’approbation de ce nouvel institut…396

Vincent et ses missionnaires firent une déclaration expresse avec les garanties exigées.397 Cela leur coûtait d’autant moins que les conditions mises par les curés de Paris coïncidaient avec les notes distinctives de la Congrégation formulées dans le contrat de fondation. De toutes manières, 1’insistance de Vincent pour sauvegarder pour sa Compagnie les notes typiques d’exclusion des villes de leur ministère, la gratuité des missions, et la soumission aux évêques et aux curés devait quelque chose sans doute à l’énergique opposition des curés de Paris, la première sur laquelle butait Vincent dans la réalisation de ses projets. Il ne s’en étonna pas : c’était le prix nécessaire de la nouveauté de ses plans.

Sans faire attention à l’opposition des curés, le Parlement enregistra et ratifia le 4 avri1 1631 les lettres royales qui approuvaient la Congrégation. En un peu moins de cinq ans, celle-ci avait obtenu la reconnaissance de sa personnalité civile.398

Victoire romaine



Les approbations diocésaines et royales ne satisfaisaient pas pleinement les aspirations de Vincent. Il entretenait le désir d’obtenir aussi une reconnaissance pontificale qui donnerait à la Congrégation une carte d’identité dans l’Église universelle. Ce qui surprend en toute cette affaire, c’est la hâte des actions de Vincent. Chez un homme qui, nous l’avons vu, déclarait que la fondation de la congrégation n’avait pas été son idée, on ne s’explique pas bien la hâte avec laquelle il se lance dans l’entreprise de l’obtention de l’approbation pontificale. Il ne fait aucun doute que le projet vincentien a été, dès le début, plus ambitieux que la lettre des contrats. En 1627, à deux ans de la fondation de la congrégation, et peu de mois ou de jours après avoir obtenu l’approbation royale, Vincent commence les démarches pour obtenir celle du Saint-Siège. C’est un indice qui montre qu’il était sûr que l’œuvre entreprise obéissait aux desseins divins et couvrait une nécessité non seulement de l’Église de France, mais de l’Église universelle.

Il est vrai que le pas accompli en 1627 était bien modeste. Il s’agissait seulement d’obtenir de la toute récente Congrégation de la Propagation de la foi une bénédiction spéciale du Saint Père et la concession des facultés accordées habituellement aux missionnaires. On ne tentait pas, pour le moment, l’érection d’une société de vie commune de droit pontifical. Le texte de la supplique ne parlait pas de communauté, mais de "mission", terme technique appliqué alors à divers groupes engagés dans une activité apostolique, y compris dans des pays catholiques, constitué parfois de communautés religieuses, mais qui par leur activité apostolique dépendait de la Sacrée Congrégation de la Propagation de la Foi.

La supplique fut présentée par Blaise Féron, le docteur de Sorbonne qui accompagnait Vincent et Duchesne lors de la mission de Marchais et qui, sans appartenir au corps de la Congrégation, se considérait comme l’un des missionnaires. Il était, lui aussi, encore sous l’impact du dernier signal que Dieu avait adressé à Vincent

Contrairement aux habitudes romaines, la Sacrée Congrégation instruisit le dossier avec une rapidité inhabituelle. Le 5 juin l’affaire était étudiée pour la première fois en session générale et on demanda une information au Nonce en France. Le 11 du même mois, on lui écrivit, lequel à son tour répondit le 26 septembre par une lettre très élogieuse pour la personne de Vincent :

"Par des personnes absolument dignes de foi et d’après mon propre examen, je constate l’idonéité dudit sieur Vincent et des huit compagnons qui vivent rassemblés avec lui, lesquels sont bien reçus dans de nombreux diocèses de France : on peut espérer de leurs travaux de très grands fruits dans ce royaume."

Avec une si haute recommandation, la Sacrée Congrégation réunie à nouveau, cette fois en présence du Pape, confirmait et approuvait le 5 novembre la Mission de Vincent de Paul.

Comme on le voit, la sacrée Congrégation aussi se limitait à parler de "mission" sans employer les termes de “congrégation”, “compagnie” ou “confrérie”. Pour le moment c’était suffisant. L’œuvre de Vincent cessait d’être purement diocésaine et elle devenait mission de l’Église. L’approbation imposait une série de limitations : la sujétion aux ordinaires pour l’usage des facultés concédées, la restriction de ces facultés à une période de sept ans et la nomination suggérée expressément par le Souverain Pontife d’un protecteur de la nouvelle Mission, en la personne de l’archevêque de Paris. Le premier pas était fait. Vincent avait fait connaître son nom à la Curie romaine. Le pape et les cardinaux “avaient extrêmement loué les instituteurs de la mission.”399

On déborde les termes de mission



Le succès obtenu lors de cette première tentative romaine poussa Vincent à faire un second pas. Il s’agissait d’obtenir nettement plus que ce que l’on avait obtenu pour le premier pas. Dans cette intention, Vincent adressa au pape Urbain VIII, en juin 1628, un longue supplique argumentée, signée par lui et ses huit premiers compagnons y compris Louis Callon qui, comme nous le savons, n’avait pas signé l’acte d’agrégation et s’était retiré peu après.400

En substance on demandait l’approbation et confirmation de l’Institut avec une nouvelle érection si elle était nécessaire, et la nomination de Vincent comme préposé ou supérieur général ; les facultés pour accepter de nouveaux membres, clercs et laïcs ; pour établir des normes et règlements, assujettis à l’approbation du Saint-Siège, comme les autres ordres ou congrégations ; pour ouvrir de nouvelles maisons même en dehors du diocèse de Paris, avec permission des évêques respectifs ; pour recevoir des donations et les administrer sans avoir besoin de recourir à l’autorité diocésaine ; et enfin, les licences ministérielles qu’on avait coutume d’accorder aux missionnaires ad gentes. Le plus important était qu’on demandait au Saint-Siège l’exemption canonique de la nouvelle congrégation par rapport à l’autorité des évêques et sa dépendance directe du Siège apostolique.401

Vincent fit passer sa supplique par l’intermédiaire du nonce pontifical à Paris, Jean-François Guidi dei Conti di Bagno, ou plus brièvement Mgr. Guidi. C’était le même qui avait, en 1627, donné un avis si favorable. Il prit aussi à cœur l’affaire et dans une lettre du 21 juin qui accompagnait la supplique de Vincent, il recommanda la demande, faisant observer en passant qu’il s’agissait d’une chose sans grande importance, qu’il s’agissait d’une approbation “avec quelques privilèges”. C’était une stratégie bienveillante visant à minimiser les importantes concessions demandées.402 Non content de cela, dans une nouvelle communication du 23 juillet, il remettait à la Sacrée Congrégation deux lettres du roi de France, l’une pour le Pape, l’autre pour l’ambassadeur à Rome, dans lesquelles le monarque français recommandait avec chaleur l’approbation de l’Institut. Le nonce lui-même profitait de l’occasion pour la conseiller à son tour, disant que la nouvelle congrégation serait très utile aux âmes.403 Vincent avait bien réuni tous les éléments. Ce n’était plus, et de loin, le solliciteur ingénu de la paroisse de Tilh ou de l’abbaye Saint-Léonard de Chaumes.

Mais à Rome on ne se laissait pas facilement impressionner par des nonces bienveillants ou par des monarques dévots. À la Sacrée Congrégation la demande de Vincent fut étudiée avec minutie. Le secrétaire, Mgr. Ingoli, qui avait donné une information favorable pour l’approbation de 1627 vit clairement la portée des nouvelles demandes. Elles lui parurent “exorbitantes”.404 Si on accédait à cette supplique, l’œuvre cesserait d’être une simple mission pour se transformer en un Institut semblable aux religieux, avec des œuvres et un esprit propres.405 C’est dans ce sens qu’il informa la congrégation cardinalice. Le plus que l’on pouvait accorder, c’était d’autoriser la mission pour toute la France jusqu’à un maximum de 20 ou 25 prêtres, mais sans lui donner le titre d’ordre, de confrérie ou de congrégation de la Mission. Une “mission”, de par sa nature, était temporaire et devait se dissoudre dès qu’on aurait remédié à la nécessité pour laquelle on l’avait établie.406

Vincent n’avait pas eu de chance ; il s’était trompé sur Mgr. Ingoli. Celui-ci qui, par la suite, rendra de grands services à Vincent, était, par principe, peu favorable aux communautés religieuses déjà existantes. Il l’était encore moins pour de nouvelles fondations.407

De plus, l’opposition aux projets vincentiens était appuyée par des personnages importants. Parmi eux il n’y avait pas moins que le cardinal de Bérulle son ancien guide et protecteur. En 1628, le puissant home d’Église et homme politique écrivait à son représentant à Rome, le P. Bertin :

« Le dessein que vous mandez être en ceux qui sollicitent l’affaire des missions par voies diverses et, à mon avis, obliques, le doivent rendre suspect et nous obliger à sortir hors de la retenue et simplicité en laquelle j’estime à propos de demeurer dans la conduite des affaires de Dieu, si tous les conduisaient par cet esprit. » 408

Voici donc le grand cardinal disposé à employer toute son influence contre les plans de son ancien dirigé, en recourant pour cela à des procédés peu simples, c’est à dire peu limpides. Vincent n’était pas Richelieu, naturellement il perdit. Le 22 août la Sacrée Congrégation résolut “l’affaire des missions” comme l’appelait Bérulle. La demande de Vincent était refusée parce qu’elle “débordait les termes de la mission et tendait à la fondation d’un nouvel ordre religieux.” La réponse négative ne rappelait toutefois pas, unique concession, la limitation du nombre des missionnaires proposée par le secrétaire. Pour dorer un peu la pilule, on conseillait au Nonce de persuader M. Vincent et ses compagnons de se détacher de l’idée de nouvelle congrégation et de se maintenir dans les simples limites de la mission. Les illustrissimes cardinaux promirent d’obtenir pour elle la confirmation du Saint Père et toutes les facultés qu’on avait l’habitude de concéder aux missions en France.409

À Rome on connaissait mal Vincent de Paul. Lui aussi était obstiné quand c’était l’intérêt de la gloire de Dieu. Il avait eu, comme Richelieu deux ans auparavant, sa « journée des dupes ». Il ne se tînt pas non plus pour vaincu bien qu’il dut attendre un peu plus la victoire. Avant que n’ait été rejetée la première supplique, il en avait envoyé une deuxième, signée du 1er août, et présentant des variantes peu importantes par rapport à la première.410 Il sollicita aussi des recommandations pour la nouvelle supplique, encore une fois celle du Nonce, puis chose nouvelle, celle de la reine régnante c’est à dire Anne d’Autriche et non pas celle de la reine-mère, Maris de Médicis.411 Il convient de souligner ce fait, méconnu par Coste. Cela peut nous aider, cette fois, à conjecturer la position de Vincent dans la crise politique qui se produisait alors à la Cour de France. C’est la première fois que nous voyons Vincent en relation avec Anne d’Autriche, la reine qui aura tant de poids dans le déploiement de ses futures activité caritatives. La seconde supplique et les nouvelles recommandations arrivèrent tard, l’affaire était déjà tranchée. Dans une session tenue le 25 septembre, la Sacrée Congrégation se borna à accuser réception et à s’en remettre aux résolutions prises le 22 août.412

Vincent ne se découragea pas. Il poursuivra son affaire, en prenant bonne-note des motifs de l’échec récolté. Quand on parle de l’opposition de Vincent à ce que sa congrégation soit considérée comme religieuse, il faut tenir grand compte de ses idées relatives au caractère séculier de l’œuvre entreprise. Mais il ne faut pas non plus oublier ce que lui sans doute n’a jamais oublié : que sa première intention de faire approuver la congrégation par le Saint-Siège avait été refusée parce qu’on la considérait comme une nouvelle "religion". Homme d’expérience, il apprenait incessamment des évènements qu’il considérait comme des indications de la Providence.
2010-07-19 18:44 Читать похожую статью
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